Géhenne ou le Paradis Perdu

Cet endroit où des damnés subissent le châtiment éternel…
 
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 Mise en place d'un plan

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MessageSujet: Mise en place d'un plan   Sam 14 Fév - 23:32

**** Premier Post ****


Je suis au volant de ma voiture, le soleil se couche à l'horizon et l'air frais me balaie le visage à travers la vitre ouverte. C'est une parfaite nuit d'été qui s'annonce, je suis heureux et pourtant, quelque chose cloche. Une sensation étrange et désagréable m'envahit. Quelque chose me manque ou plutôt quelqu'un. Je me retourne vers le siège passager et sursaute presque en le voyant vide. Où est Grace ? La nuit tombe beaucoup trop vite autour de moi, l'air se fait plus épais, l'atmosphère lourde. Un orage se prépare, pourtant tout semblait aller une seconde auparavant. Je ne comprends pas ce qui se passe, j'essaie tant bien que mal de me concentrer sur la bande d'asphalte qui se déroule devant mes yeux. Plus je la regarde, plus elle devient floue, sinueuse. J'ai de plus en plus de mal à voir où je vais. Un éclair déchire soudain le ciel et je ne peux que constater que je fonce vers le bord d'une falaise. J'ai beau tout faire pour l'éviter, les freins lâchent, les roues ne répondent plus et j'ai beau tourner le volant dans tous les sens, rien n'y fait. C'est là que je l'entends, un cri de terreur qui m'arrache le cœur. Grace ! Cette fois-ci, elle est bel et bien à mes côtés, elle me dévisage d'un air de reproche mêlé d'épouvante.

*Qu'as-tu fait ? *

Je n'ai pas le temps de répondre à cette question que la voiture plonge dans le vide dans une chute qui me paraît à la fois durer une éternité et une seconde à peine. Je ne sens pas l'impact, je l'entends simplement. Par miracle je suis hors de la voiture, sain et sauf. Plus un bruit, pas même un gémissement ou une plainte. Je me rue sur la portière passager et trouve ma Grace inerte. Son flanc est déchiré en deux, je ne vois que le blanc de ses yeux. Je pleure, je m'écroule sur elle et la berce durant un long moment jusqu'à ce qu'elle me tire de ma douleur d'une voix d'outre-tombe.

*Pourquoi m'as-tu fait ça Danny ? Pourquoi ? C'est de ta faute ! J'aurais pu vivre ! C'est de TA FAUTE ! SALAUD ! Je te tuerais Danny, je te tuerais si tu ne m'avais pas déjà jeté dans la gueule du loup !*

Je sens mon corps s'agiter, se tordre de douleur, la sueur perle à mon front. J'ai envie de lui répondre, de la calmer mais rien n'y fait, je ne peux que trembler jusqu'à ce que mes bras la lâchent. Je recule de quelques pas face à sa fureur, je ne trouve pas les mots alors qu'elle s'élance vers moi les bras tendus.

Je me réveille en sursaut sur le mince matelas de notre lit, dans notre pauvre planque qui n'a rien d'un palace. Je dégouline, tout mon corps est parcouru de sueurs froides alors que je me sens fiévreux et qu'une envie de vomir me prend aux tripes. Ces cauchemars deviennent de plus en plus pénibles à supporter. C'est généralement le même qui vient me hanter, la perte de Grace et ses reproches. Je me réveille avant sa tentative de meurtre la plupart du temps, mais je ne suis pas toujours aussi chanceux. Parfois elle va jusqu'au bout de son geste et me lacère de sa haine et de sa rage. Je ne suis pas une mauviette, mais ces près de 80 ans passés à être torturé m'ont laissé des marques. J'espère ne pas avoir à supporter ces séquelles jusqu'à la fin des temps, mais je ne me fais pas d'illusions. Les sbires de Lucifer sont doués, ils trouvent ce qui fait mal et l'exploitent au mieux. Je suis en Enfer, cela doit être ma punition, je m'y suis fait à la longue. Tout ce qui m'importe, c'est que toute ces atrocités soient supportables pour elle. Je vois bien que son sommeil est agité, je la veille jusqu'à tard et la prend dans mes bras afin de la soulager. Je ne sais pas si cela l'aide vraiment, sûrement pas à vrai dire, mais je ne peux me résoudre à la laisser endurer ces propres démons toute seule.

Je m'assois au bord du lit et compresse mes tempes le plus violemment possible. Ma tête semble sur le point d'exploser, mais cela va passer, ça passe toujours. Il faut que je retrouve mes esprits et que je me concentre. Il nous faut un plan au plus vite pour nous sortir de cette situation misérable. C'est déjà assez dangereux de traîner en Enfer avec cette épidémie qui décime tout le monde, mais lorsqu'on a des traqueurs aux trousses, cela devient un danger de mort, si vous me passez l'expression. J'ai toujours fait de mon possible pour protéger mon ange, j'ai déjà failli une fois, il est hors de question que cela se reproduise. Heureusement, nous avons pu compter sur les bruits de couloirs qui nous en ont appris beaucoup sur le monde dans lequel nous nous sommes retrouvés. Je sais déjà par où commencer, bien que notre tâche s'annonce ardue et longue. C'est déjà un début. J'ai une ébauche de plan, je pense qu'il est réalisable, je nous fais confiance, mais il va nous falloir être patient et ne pas se précipiter. Le moindre de nos déplacements est déjà périlleux en soi, il ne manquerait plus que l'on se fasse avoir bêtement.

La première étape est la bibliothèque, le seul moyen de récolter des informations précieuses. Autant aller creuser la question nous-mêmes plutôt que de demander à des êtres qui nous exposeraient sans le moindre scrupule. Nous allons devoir être particulièrement prudent pour nous y rendre, mais nous avons réussi à étudier le chemin le plus sûr à emprunter. Il ne me reste plus qu'à la réveiller. Mon regard se pose sur elle mais je ne peux me résoudre à la tirer de son sommeil. Pour une fois, celui-ci ne semble pas agité, je préfère qu'elle en profite. Je l'effleure du bout des doigts, sa peau est si douce malgré les épreuves subies. J'enlève quelques mèches de cheveux de son visage et m'attendrit quelques instants sur sa beauté, puis je me lève en douceur et m'habille en silence de vêtements que nous avons dérobé lors de notre fuite. Rien de très classe, mais il faut faire avec les moyens du bord. Lorsque nous serons à nouveau à la Surface, je pourrai lui offrir les plus belles toilettes, la couvrir de bijoux même si elle n'aime pas particulièrement ça. Lui donner tout ce que je n'ai pas pu lui donner ces 80 dernières années de calvaire. La sécurité avant tout, c'est mon seul objectif. La sortir de cet endroit, la protéger de l'épidémie et reprendre notre vie là où nous l'avons laissée. Je nous y vois déjà... Mais le chemin va être long.
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MessageSujet: Re: Mise en place d'un plan   Dim 15 Fév - 0:12

    Le sommeil sans rêve est une chose rare, trop rare pour ne pas être précieux. Et même dans ces moments, il m'arrive de rêver que je ne dors pas. J'imagine que c'est dû aux nombres d'années, que je n'ai jamais compté, où l'on m'a privé de sommeil. Mais lorsque je suis confrontée aux cauchemars qui hantent les rares moment de repos, j'en viens à regretter cette période. L'Enfer se nourrit apparemment de paradoxes. D'autre fois, je dors sans dormir, simplement prisonnière de mon corps et en prise à des rêves éveillés.
    Danny est dans le lit de fortune à mes côtés. Mes yeux sont fermés mais je peux voir à travers mes paupières. Je sais qu'il n'y a que lui et moi dans cette pièce miteuse que constitue notre planque. Pourtant, j'entends du bruit, quelqu'un fini par enfoncer la porte. Ils entrent. Nos tortionnaires. Je ne peux pas bouger et une masse invisible vient s’asseoir sur mon ventre et comprime ma poitrine, privant mes poumons d'air. Tous se jettent sur Danny, griffes dehors. Ils lacèrent son corps, déchiquettent ses membres, l’éventrent. Son sang ruisselle sur les draps, je le sens humide et chaud mouiller le lit à mes côtés. Le liquide rougeâtre gicle sur mon visage, entre dans mon nez et passe mes lèvres entrouvertes. Je ne peux bouger, je ne peux l'aider. Je ne peux pas me débarrasser de tout ce sang et organes qui me macule, je dois dormir à côté de sa carcasse fumante pendant des heures, jusqu'à ce qu'elle devienne froide, putride.
    Toujours je me réveille en sursaut, faisant de nouveau rentrer l'air dans mes poumons. Danny est a mes côtés. Sain et sauf. Il pose une main réconfortante sur mes cheveux humides de sueur et son geste m'apaise.
    Les variantes des cauchemars sont infinies, il ne peut en être autrement après quatre vingts années de tortures physiques et mentales. On s'imagine mal l'Enfer depuis la surface et il fallait bien que notre vie sur Terre est un prix. Nous y avons goûté, à ce prix. J'ai presque tout subit et je sais que c'est impossible de s'en tirer à bon compte ici-bas. Pourtant, il y a des mots que je me force à répéter depuis que nous sommes sortis du Cercle: nos tortionnaires ne nous ont pas détruit, à peine brisé.
    Les cauchemars et les crises de panique qui me prennent au réveil sont la preuve du contraire. J'aimerais pouvoir cacher cette faiblesse à Danny, qui lui aussi vit sa part de cauchemars. Mais toujours il me fait passer avant ses propres craintes et dans ses bras je redoute moins l'arriver d'un repos mouvementé. Sans lui je suis persuadée que j'aurais déjà sombré dans la folie.

    Ses doigts jouant avec ma peau et les boucles de mes cheveux son mon réveil, je me tire doucement d'un vide noir comme rarement il s'en présente à moi. Derrière mes paupières lourdes je vois la silhouette de mon homme se préparer. A ses gestes, je sais qu'il n'a pas eu la même chance que moi. Je m'extirpe doucement des draps pour venir tel une couleuvre, enrouler mes bras autour du torse de Danny. Mes lèvres effleurent sa nuque.
    Je sais quels plans il a en tête. Il veut passer à l'action le plus rapidement possible. L'épidémie et les agents de Lucifer nous mettent au pied du mur. Plus rapidement nous trouveront une nouvelle identité, plus tôt nous seront en sécurité. La part faible de moi-même voudrait pouvoir reprendre quelques forces même dans ce lieu misérable, guérir de nos blessures. Ma raison me dit qu'on ne guérit pas de ces plaies là. Aller de l'avant est la seule solution : Danny et Grace Montgomery auront leur revanche. Je tente d'imaginer la terre, ce qu'elle a bien pu devenir avant de murmurer à l'oreille de mon âme sœur :
    -C'est aujourd'hui que nous allons à la bibliothèque ?
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MessageSujet: Re: Mise en place d'un plan   Dim 15 Fév - 1:38

Sans le vouloir, je l'ai réveillée. Je la vois se lever dans le miroir brisé au-dessus du lavabo et s'approcher de moi. Son étreinte me soulage, comme si ses bras chassaient les visions qui me hantent encore au réveil. Alors que son souffle effleure ma nuque, je ferme les yeux pour apprécier ce moment de répit et un léger sourire se forme sur mes lèvres. Je n'ai jamais été du genre souriant, en tout les cas pas avec qui que ce soit d'autre que Grace et ces années de torture n'ont rien arrangé. Je crois même que c'est la première fois depuis notre évasion du 7ème cercle que ce phénomène se présente. Pendant un instant, je me retrouve sur Terre, en 1929. Nous venons de passer notre première nuit ensemble et elle vient m'enlacer au petit matin, après une nuit entière à se découvrir. Ce ne sont que des souvenirs, au moment où j'ouvrirai les yeux, la scène s'évaporera dans l'air putride des Enfers. Alors je garde mes paupières closes et je me nourris de ces instants passés avant d'affronter notre journée. Une façon comme une autre de me redonner du courage et de me rappeler pour qui je me bats.

Sa voix résonne doucement à mon oreille mais ses mots me ramènent à la dure réalité. J'ouvre les yeux, une ombre passe sur mon visage que je chasse d'un mouvement de tête avant de planter mon regard dans le reflet qui me fait face. La mâchoire carrée, bien dessinée, se crispe violemment et ce n'est que grâce à un grand effort que j'arrive à stopper la nausée qui me monte à la gorge. Je n'ai pas envie qu'elle m'accompagne, si ça ne tenait qu'à moi, elle resterait ici à attendre mon retour. Mais ce n'est pas Grace ça et c'est bien pour ça que je l'aime à en mourir. Elle n'est pas lâche et je sais qu'elle préfère mille fois venir avec moi et prendre tous les risques en ma compagnie plutôt que de se ronger les sangs, seule dans ce taudis. Cependant, mon esprit n'est pas tranquille. Il y a toujours la possibilité qu'elle se fasse contaminer par ce satané virus, sans compter le risque de se faire attraper par des traqueurs. Et Dieu seul sait, ou plutôt Lucifer à vrai dire, ce qu'ils iraient nous faire s'ils nous mettaient la main dessus ! C'est bien pour ça qu'il faut qu'elle m'accompagne, à deux, nous irons plus vite dans nos recherches qui pourront nous prendre un bon bout de temps sans un coup de pouce de Madame la Chance. Et plus vite nous aurons trouvé ce que nous cherchons, plus vite nous pourrons nous mettre à l'abri.

Je me retourne et tente à nouveau un sourire qui n'a cette fois-ci rien de convaincant. Je lui dépose un léger baiser sur les lèvres avant de la laisser pour finir de m'habiller. Lorsqu'enfin je réponds à sa question, c'est d'une voix plus grave qu'à l'accoutumée, teintée d'une anxiété que j'essaie tant bien que mal de cacher. Ah ! Si la flicaille me voyait dans cet état ! Moi qui ai toujours réussi à prendre le dessus sur tout, y compris sur mes peur, qui riait à leur face et les narguait sans scrupules. Oh oui, qu'ils seraient contents... Mais se serait me sous-estimer. Le danger m'a toujours donné des ailes en fin de compte et m'a permis de réussir bien des entreprises risquées. Cette adrénaline que je ressentais juste avant de rentrer dans une banque, avant que tout s'emballe pour de bon. Ce calme avant la tempête. C'est pareil ici. Le danger me stimule et je peux accomplir n'importe quelle tâche tant que j'ai mon ange à mes côtés. Rien que d'y penser, je me sens quelque peu rasséréné, même si je semble encore inquiet en prenant la parole.


- Oui mon ange, aujourd'hui nous commençons nos recherches.

Je ne m'étale pas plus sur le sujet et vais m'asseoir sur le lit en attendant qu'elle se prépare. Cela me donne le temps de me sortir définitivement de la torpeur de mes cauchemars afin de me concentrer sur notre plan de la journée, de tout revoir une dernière fois avant de l'exposer à Grace. Lorsqu'elle vient me rejoindre, je comprends qu'elle est prête à écouter ce que j'ai prévu pour notre première virée hors de notre planque depuis notre arrivée. Je lui confirme d'abord le chemin à emprunter, puis les détails des recherches à effectuer.

- Il faut que nous passions inaperçus et pour cela, il est préférable que seulement l'un de nous aille poser les questions aux bibliothécaires. Je pense que ton charme aura plus d'effet que le mien ici-bas mon amour, je te laisserai donc t'y coller. Tu demanderas d'abord la section des créatures, puis tu iras voir un autre employé pour lui demander celle des armes. Cherche ceux qui ont l'air le moins expérimentés, mais attention, ce ne sont pas forcément les plus jeunes ! Nous nous séparerons, chacun sa section et toutes les heures, je viendrai te rejoindre pour voir si l'un de nous à du nouveau. Ca te convient ?

Je n'aime pas vraiment l'idée de nous séparer, mais c'est encore notre meilleure chance d'arriver rapidement à un résultat. Le temps joue contre nous, plus vite nous trouveront des informations sur les fonctionnaires et comment les tuer, plus vite nous serons de retour à la Surface. Mais avant de partir, nous devons encore nous concerter sur les mesures de sécurité et sur un plan de retraite d'urgence. Il nous faut être préparé à toute éventualité, même les pires.
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MessageSujet: Re: Mise en place d'un plan   Lun 16 Fév - 15:30

    Doucement, je viens poser un baiser dans le creux de son cou. Mes lèvres reconnaissent particulièrement bien ce petit endroit, juste sous l'oreille, où elles aiment à venir se poser. Son pâle sourire me réchauffe de l'intérieur et le temps se fige pour quelques secondes. Mais ces moments de répit ne dure jamais très longtemps ici-bas et déjà son visage se referme. Nos regards se croisent dans le miroir cassé et je sens Danny tendu. D'une caresse le long de sa joue, je cherche à l'apaiser. L'inquiétude le ronge, mais je refuse de le laisser prendre seul les risques, encore plus dans cet enfer.
    Passer ma vie sans lui m'était déjà inconcevable, que serait-ce alors que de passer une éternité ? Je chasse cette pensée qui me glace. Et puis Danny sait que rester inactive me rend folle. Je ne suis pas de ces femmes au foyer qui attendent bien gentiment le retour de leur mari après s'être occupées des chiards et d'avoir fait la cuisine. Cette vie là n'était pas pour moi avant, elle ne le serait pas non plus pour moi maintenant. Les risques avaient été notre adrénaline et non notre frein, la lueur d'optimiste qui demeurait en moi et qui grandissait de nouveau de jour en jour depuis notre évasion me donnait la force de croire qu'à nouveau, bientôt, rien ne nous arrêterait.
    Danny a l'air de dire que pour se mettre à l'abri de nos poursuivants, rien de mieux que de prendre leur place. Devenir comme eux. Quoi qu'on en dise, je suis persuadée que c'est un excellent plan. Même sous la surface, beaucoup de damnés -bien hypocritement- tentent de résister à la part de noirceur qu'ils portent en eux-même. Mais Danny et moi avons, depuis bien longtemps, décidé de l'embrasser.
    Je le regarde finir de se préparer, il prend ce temps avant de me répondre par la positive. Sa voix n'est pas aussi assurée qu'elle avait pu l'être dans notre glorieux passé.
    Il s'assoie ensuite sur le lit et je me prépare à mon tour. Je ne porte rien de très distinguée, mais j'essaie toujours, avec les moyens du bord, de porter un soin particulier à mes cheveux, mon visage, comme pour compenser. Masquer la misère et voiler les apparences, voilà bien un don des femmes de mon époque, en particulier depuis la crise boursière : faire au mieux, même avec rien.
    Une dernière fois, le plan est passé en revue, Danny a cette capacité de penser généralement à tout. Je hoche plusieurs fois la tête, sans l'interrompre, pour lui faire signe de mon assentiment. Je me sens prête, même s'il y a toujours cette petite boule d'inquiétude au creux de mon ventre. Je lui réponds par un sourire, peut être pas aussi radieux par le passé, mais qui lui montre que je marche.
    Ma main vient se poser sur la sienne, mon regard dans le sien, je le dévore des yeux et tout l'amour que je lui porte me donne un regain d'énergie... Mais en réalité, je sais qu'une fois dehors, à l'extérieur de notre planque, tout sera différent. Je ne veux pas lui dire, ni le montrer – je ne me l'avoue d'ailleurs qu'à moitié - mais l'idée d'être de nouveau aussi vulnérable qu'une enfant me fait peur.
    Je ne veux pas retomber dans leur griffe. Je n'ai jamais ressenti ça auparavant, la peur ne m'avait jamais paralysé, au contraire, mais avais-je réellement ressentis la peur ?
    Je respire profondément. Je me lève et me dirige vers la porte.
    -Il n'y a pas de temps à perdre, je lui confirme.
    Le premier pas dehors est le plus dur. J'ai l'impression que je vais chanceler mais je tiens bon, tout est dans ma tête. Nous faisons très bien profil bas jusqu'au lieu qui nous intéresse. Danny me tient par la main et nous marchons d'un seul pas comme les deux âme sœurs que nous sommes. On se fondrait presque dans le paysage. Seulement je ne peux m'empêcher de jeter des coups d'oeil aux alentours, avec la constante impression d'être suivie. Je me fige presque devant l'entrée de la bâtisse. Ma main lâche celle de mon homme et d'un regard je lui fais comprendre que je vais entrer la première. On ne vient pas s'intéresser à une femme seule lorsque l'on recherche un couple.
    Je gravis les quelques marches du perron et pousse la lourde porte et large porte qui marque la séparation avec l'extérieur et mon gabarit, en comparaison de celui du vantail, donne l'impression que je me glisse littéralement à l'intérieur.
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MessageSujet: Re: Mise en place d'un plan   Sam 18 Avr - 19:39

Elle écoute mon plan d'un bout à l'autre sans rien dire, consentement implicite que cela lui convient. Je sens pourtant son malaise face à la tâche qui nous attend. Je le vois dans son pâle sourire qu'elle tente de rendre le plus convaincant possible. Je ne suis pas dupe, aucun de nous ne l'est, mais il est important et réconfortant d'essayer. Et malgré tout, cela me donne du baume au cœur, de la voir ainsi, prête à affronter le danger, comme au bon vieux temps. Sauf qu'avant, nous étions bien plus insouciants, sans peur du lendemain. Ici en Enfer, nous avions peur des ombres même, du moindre bruit anormal. Alors quand on se trouve dans un lieu ou rien n'est normal, on comprend aisément la terreur qui s'empare du plus brave des hommes. Tout n'était que méfiance, crainte, effroi et puanteur qui vous attrapaient à la gorge pour vous faire suffoquer. La majeure partie du temps, les odeurs me donnaient envie de vomir, les créatures que l'on croisaient faisaient courir sur mon échine une sueur glacée et l'air semblait me manquer à chaque pas. Voilà ce que l'on récoltait après une vie libre de toutes contraintes, de toutes règles, de toutes lois. Je ne me plains pas, je l'ai choisi, mais à l'idée d'affronter cette réalité, je sentais mes forces m'abandonner. Je la regarde se lever et se diriger vers la porte sans bouger. Ce n'est que lorsqu'elle prend la parole que je me décide à la suivre d'un pas que j'aimerais moins traînant.

J'ai étudié le chemin à emprunter avec les quelques informations que nous avons pu glâner lors de notre détention et de notre fuite. Je l'ai estimé être le plus sûr, mais maintenant que nous y sommes, que nous déambulons dans les ombres en tendant l'oreille, je ne suis plus si convaincu. Inconsciemment, nos mains se trouvent et ne se lâchent plus. Il aurait fallu éviter ce genre de marque d'affection, surtout en étant recherché par les traqueurs qui connaissaient nos points faibles, mais la frayeur était trop grande pour que notre raison prenne le dessus. C'était un moyen de nous donner des forces, de nous réconforter l'un l'autre. Et puis tant que nous étions dehors, bien qu'exposés, nous pouvions encore nous fondre dans la masse. Cela serait plus critique si quelqu'un nous repérait dans la bibliothèque. C'est pour cela que nous avions un plan de repli en cas de pépin. Si les traqueurs nous débusquaient, nous devions nous retrouver dans une autre planque, la prochaine sur une longue liste. Car tant que nous n'avions pas pris la place de fonctionnaires, il nous faudrait constamment bouger pour brouiller les pistes et attirer les regards le moins possible sur nous.

Je ressasse tout cela dans ma tête sans réaliser que nous sommes enfin arrivé devant la bibliothèque. Ce n'est que lorsque Grace lâche ma main que l'information arrive à mon cerveau. A partir de ce moment-là, nous devons nous séparer car à deux, nous attirerons plus l'attention sur nous. Je n'aime pas ça, définitivement. Mais je n'ai d'autre choix que de regarder mon ange se faire engloutir par l'immense porte d'entrée et de rester planté là à attendre. Je vois une dernière lueur de sa chevelure dorée me faire comme un clin d’œil avant qu'elle disparaisse complètement. Ce n'est qu'après une bonne vingtaine minutes d'attente et d'angoisse que je me dirige le plus naturellement possible vers le bâtiment, gravis les marches et m'engouffre à mon tour dans ce qui semble être notre seule bouée de sauvetage.

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